Idiomécanic Théâtre

 

Bon. C’est la merde. La galère. La cata. Je ne vais pas te le cacher, ami(e) spectateur.trice, mon frère, ma soeur : ne pas jouer, pour un artiste de théâtre, c’est la mort. En tous cas la mort d’une partie non négligeable de sa vie. Alors on a beau profiter du confinement pour écrire, réorganiser ses fichiers, faire le point et essayer d’établir des stratégies pour les hypothétiques productions à venir dans un délai hypothétique... ces longues semaines sans jouer, c’est dur. Les liens tissés avec toi, spectateur-trice, nous ne voulons pas les perdre ; les liens que nous voulions tisser avec les suivants, ceux qui devaient venir voir nos spectacles maintenant annulés, sont foutus, kaput, à l’eau. On jette aux ordures des projets magnifiques dont l’étincelle éclairait notre pupille, on couche dans leur tombe tous ces spectacles qui ne verront pas le jour, en concentrant toutes nos forces sur un ou deux projets- les faire vivre, à tout prix. Ce qu’il faut, c’est survivre : maintenir la compagnie à flot, pour qu’elle puisse reprendre sa navigation en eaux profondes dès que possible, garder le feu en soi, le désir d’agir, de penser, de rêver, de créer.

Puis, mon ami(e) spectateur-trice, mon frère, ma soeur, je regarde les infos et je vois le séisme qui a tué des dizaines de gens au Guatemala et au Honduras, les survivants qui ont tout perdu, leur maison qu’ils ont construite de leurs mains pendant des années, aucune protection sociale, rien pour les sortir de la galère - la vraie, cette fois. Je relis Victor Hugo qui donnait la parole à ceux qui fouillent les poubelles, et je vois très bien de qui il parle, puisque j’en connais qui vienne régulièrement fouiller dans mes poubelles au pied de mon immeuble. Je découvre une info de premier plan passé au dernier plan, voir pas du tout dans les médias mainstream : Pierre Larrouturu, rapporteur général pour le budget européen, a entamé une grève de la faim pour réclamer une taxe sur la spéculation, qui pourrait enfin permettre une vraie politique verte en Europe.  J’éteins la télé et je me mets à écrire : sortir de l’émotion immédiate, penser le monde, dénoncer par le rire, flanquer une claque monumentale aux menteurs, aux voleurs, aux pilleurs d’humanité, mettre le roi tout nu et ouvrir le rideau tout grand.

 

C’est ce que mon équipe et moi-même avons essayé de faire dans Un démocrate, et dans la suite : Bananas (and kings). Pour que nous puissions continuer, pour que nos liens ne se coupent pas pendant les ténèbres du confinement, soutiens-nous, ami(e) ! Puisque la puissance publique se désengage, engage-toi!, il n'y a plus que ça à faire. Tu as le choix des montants, sachant que les impôts te rembourseront 66% de ton don. A chaque montant correspond une « contrepartie » : le texte de nos spectacles édités, la captation à visionner en ligne... Il paraît que nous sommes non-essentiels. Ce n'est pas la première ni la dernière connerie qu'on entendra dans ce pays. Mais, messieurs du gouvernement, comme l’a dit un jour un poète : la culture, c'est ce qui demeure dans l'homme lorsqu'il a tout oublié. Alors, à vos claviers ! A vos lunettes ! A vos pensées !

Campagne de financement participatif

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